
Gwati, village situé entre Kantché et Matameye dans la région de Zinder est vent debout contre la vente ambulante pratiquée par des adolescentes de moins de dix-huit (18) ans. A l’avant-garde de ce combat, douze (12) personnes, toutes membres du Comité Villageois de Protection de l’Enfant (CVPE).
Fruits saisonniers, Morringa et/ou de la nourriture, aucune vente n’attire plus les jeunes filles grâce aux séances de sensibilisations que mènent les membres du CVPE en faveur de la formation professionnelle. Ces derniers ont tout récemment réussi à retirer deux (2) adolescentes âgées de treize (13) ans, du circuit de la vente ambulante qui les conduits parfois à parcourir jusqu’à vingt (20) kilomètres entre Takeita, Matameye et Kantché.
Nous avons préféré les appeler Hassana et Mariama. La première, c’est-à-dire, Hassana de teint clair, chétive, joviale et très éveillée pour une fille de son âge, grandit dans un environnement loin des caméra et micros. Mariama est timide avec un teint plus foncée. Elle a l’air d’avoir le tract face à nos outils de travail (micro, caméra, dictaphone. Sauf que toutes les deux ont une histoire identique, un dénominateur commun, la vente ambulante dans leur village de Gwati et ses environs. Leurs récits se différencient à quelques exceptions près. Si Hassana a choisi volontairement de devenir vendeuse, Mariama a quant à elle obéit aux ordres de sa mère.
Dimanche 29 mars 2026, notre équipe de reportage a rencontré les deux adolescentes dans leur Gwati natal. Toutes les deux ont manifestent leur joie d’être des apprenantes dans l’unique centre de formation professionnelle (foyer) qui se trouve à Kantché, à moins de cinq (5) kilomètres. Mais cette nouvelle posture, ne les a pas empêchées de se rappeler des moments où elles sillonnaient les rues et ruelles du village à la vente soit des mangues, goyaves et autres produits saisonniers.
« C’est moi qui ait proposé à ma mère de l’aider dans ses charges quotidiennes avec la vente ambulante à cause de la précarité et la pauvreté ambiante dans notre famille. Je me rendais jusqu’ à Kantché et Matameyé, parfois même jusqu’à Takieta, des localités situées entre 5, 12 et 18 kilomètres de mon village. Parfois, je pars seul, parfois en compagnie d’une ou deux personnes toutes de mon âge », a laissé entendre Hassana. L’adolescente est consciente du danger qui la guette en continuant son petit commerce en sillonnant les villages et villes secondaires de la région de Zinder. Un beau matin, elle a réfléchi aux éventuels dangers que pourrait lui engendré son activité. Suite à cette prise de conscience, la jeune fille a approché le Comité Villageois de Protection de l’Enfant. Hassana a informé Latifa, la représentante des jeunes du village dans le CVPE qu’elle souhaite cesser la vente ambulante. Latifa à son tour à informer ses pairs. Les membres du CVPE ont alors rencontré les parents de l’adolescente pour plaider sa cause. Lors de l’entretien entre les parents et ces ‘’gardiens’’ des droits des enfants, la mère accepta séance tenante la proposition des émissaires, celle de remplacer la vente ambulante par l’inscription de Hassana dans le centre de formation professionnelle.
Hassana est aujourd’hui en pleine formation au centre d’apprentissage (foyer). Elle commence même à vendre des articles qu’elle a eue à confectionner. Elle ambitionne de devenir une couturière de renommée locale voire nationale « Mon rêve, c’est de devenir une grande couturière comme ça, je vais habiller mon époux et mes enfants, car je souhaite me marier après mes vingt ans…, » a-t-elle lâchée. L’adolescente d’indiquer que c’est après avoir convaincus sa mère que les membres du comité l’ont inscrit au foyer, où, elle continue d’apprendre la couture, le tissage et le tricotage. La mère de Hassana se réjouie aujourd’hui des revenus que sa fille gagne à travers la vente des draps, des sommes avec lesquelles, la petite aide sa mère qui est cheffe de ménage.
Contrairement à Hassana, son amie Mariama, elle, n’a pas choisi volontairement d’aller vendre des petites choses dans le village de Gwaty. C’est sa mère qui lui a demandé de constituer son trousseau de mariage afin de ne pas être la rusée des filles du village. « C’est moi qui lui ait exigée de vendre des marchandises, parce que je lui ai dit que nous n’avions pas de moyens, donc si elle ne vent rien, je n’aurai pas de quoi lui faire son trousseau de mariage. Sincèrement, c’est malgré elle…, » a affirmé la mère de Mariama, qui se réjouie d’ailleurs de l’idée du CVPE de retirer sa fille de la vente.
« Son histoire nous est parvenue par le canal d’une de leurs amies, membre du comité. Informés de la situation, nous étions partis voir sa mère pour attirer son attention sur les conséquences de la vente ambulante. La place de ta fille, c’est le centre de formation professionnelle où elle apprendra un métier..., » a indiqué Laoualy Warsou, président du Comité Villageois de Protection de l’Enfant – CVPE.
La mère de Mariama persuadée que l’avenir de sa fille se trouve dans le centre de formation professionnelle a très vite cédé à la doléance des membres du CVPE. « Je suis la plus heureuse de voir ma fille dans un centre de formation professionnelle. On leur apprend à coudre, elle confectionne déjà des draps qu’elle vend et gagne de l’argent. Ce qu’elle encaisse maintenant dépasse de loin les revenus de la vente ambulante…, » dixit la maman de la fille. Elle lance d’ailleurs un appel à l’endroit des parents pour qu’ils évitent aux filles la vente ambulante et les inscrire à l’école. « Je suis encore plus heureuse qu’elle soit dans un centre de formation professionnelle car elle est à l’abri de plusieurs tentations surtout venant des bandits. Elle poursuit toujours sa formation, elle apprend énormément des choses…, » a ajouté la mère de Mariama.
Pour l’adolescente, vendre des draps est plus digne qu’arpenter les ruelles du village dans la recherche d’éventuels acheteurs de la mangue. « Maintenant, c’est chez moi à la maison que les clients viennent commandés les draps contrairement à la vente ambulante ou c’est moi qui me déplaçait…, » s’est félicitée Mariama.
A Gwaty, actuellement, seules les femmes qui ont atteint la majorité sont vendeuses ambulantes, a précisé Laoualy Warsou, Président du Comité Villageois de Protection de l’Enfant. Il a rappelé que la vente ambulante a fait des victimes par le passé, avant la mise en place du CVPE.
Ibrahim Moussa,
Envoyé spécial














