Prétendue implication de Issoufou Mahamadou dans les événements du 26 juillet 2023
Laoual Sayabou dit TSA répond à Ali Sékou Maina
Dans une récente interview accordée à Sahel d’Afrique, Ali Checcou Maina, ancien conseiller spécial de Mohamed Bazoum, avait évoqué les événements du 26 juillet 2023 au Niger et mis en cause l’ancien président nigérien Mahamadou Issoufou, qu’il présentait comme ayant joué un rôle dans la préparation du coup d’État.
Ces déclarations suscitent aujourd’hui une réaction de Laoual Sayabou, coordonnateur du Groupe d’analyse et de prospective politique (GAPP). Invité à son tour par Sahel d’Afrique, celui-ci rejette catégoriquement la version avancée par Ali Checcou Maina et entend apporter sa réponse à ces accusations.
Laoual Sayabou qualifie notamment ces affirmations de « pure affabulation » et dénonce ce qu’il considère comme une tentative de « réécrire l’histoire ». S’exprimant en son nom ainsi qu’au nom du GAPP, il conteste l’idée selon laquelle Mahamadou Issoufou aurait été impliqué dans la préparation des événements du 26 juillet 2023.
Selon lui, l’hypothèse d’une implication de l’ancien président dans la préparation d’une « révolution de palais » serait difficilement compatible avec les relations qu’il entretenait avec Mohamed Bazoum, avec lequel il aurait partagé près de trente années de compagnonnage politique.
Laoual Sayabou revient également sur le rôle qu’il attribue à Mahamadou Issoufou dans le processus démocratique nigérien et dans l’organisation d’une transition pacifique au Niger.
Cette nouvelle interview de Sahel d’Afrique se présente ainsi comme une réponse directe aux déclarations précédemment tenues par Ali Checcou Maina dans nos colonnes et à l’antenne.
Dans les lignes qui suivent, nous vous servons un large extrait de cette interview réalisée par Moussa Mahamadou Nazirou, journaliste à Sahel d’Afrique
Moussa Mahamadou Nazirou : Vous avez réagi de manière très critique aux déclarations d’Ali Sékou Maïna. Avant d’entrer dans les détails, quelle est précisément votre réponse à l’accusation selon laquelle Mahamadou Issoufou aurait été impliqué dans la préparation des événements du 26 juillet 2023 ?
Laoual Sayabou : Ma réponse est claire et catégorique : c’est une pure affabulation destinée à réécrire l’histoire. Ali Sékou Maïna tente de substituer la rumeur à l’analyse politique. L’ancien président Issoufou a consacré sa vie à l’édification de la démocratie au Niger et a orchestré une transition pacifique historique. L’accuser d’avoir sciemment détruit son propre héritage et la stabilité de son pays relève du non-sens et du cynisme politique.
Journaliste: Ali Sékou Maïna affirme que l’ancien président aurait envisagé une démission de Mohamed Bazoum suivie d’une transition de six mois. Contestez-vous formellement cette version ?
Laoual Sayabou : Je conteste formellement ce scénario de politique-fiction, qui s’effondre sous le poids de ses propres contradictions. M. Maïna nous dépeint d’un côté un Issoufou Mahamadou qui aurait planifié une prétendue “révolution de palais” avec une précision chirurgicale, pour nous expliquer dans la phrase suivante que ce même plan aurait été déjoué dès la première minute simplement parce qu’il aurait “mal connu l’homme” qu’était Mohamed Bazoum, après trente ans de compagnonnage. Il est logiquement insoutenable de présenter un dirigeant comme un fin stratège omnipotent tout en affirmant qu’il a été incapable de prévoir les réactions basiques de son successeur.
Journaliste : Selon vous, quels sont les éléments factuels qui permettent de réfuter cette accusation ? Êtes-vous prêt, de votre côté, à présenter au public les éléments dont vous disposez pour défendre Mahamadou Issoufou ?
Laoual Sayabou : En matière d’allégations publiques, la charge de la preuve incombe à celui qui accuse. Or, qu’avons-nous entendu ? M. Maïna affirme détenir des preuves, des audios et des documents, mais refuse de les présenter, préférant se retrancher derrière son ancienne réputation de journaliste et renvoyant à un hypothétique procès futur pour dévoiler ses cartes. C’est un escamotage rhétorique classique. L’absence totale de preuves matérielles apportées par M. Maïna est, en soi, l’élément factuel qui réfute sa thèse. Nous n’avons pas à prouver notre innocence face au vide ; c’est à lui de sortir de la diffamation en étayant ses dires, ce qu’il est visiblement incapable de faire.
Journaliste: Pourquoi le président Issoufou Mahamadou n’a pas daigné s’occuper des enfants de Bazoum ne serait-ce qu’en les appelant ?
Laoual Sayabou: Cette question touche à l’intimité, à la sécurité et à la dignité des familles. Dans un contexte politique et sécuritaire aussi inflammable que celui que connaît le Niger, les démarches entreprises dans la sphère privée pour préserver la sécurité et le bien-être des uns et des autres n’ont pas vocation à être étalées sur la place publique. Instrumentalisées à des fins politiciennes, ces questions humaines complexes servent uniquement à alimenter un voyeurisme malveillant de la part de détracteurs cherchant à salir une relation de trente ans.
Journaliste: Pourquoi l’ancien président Issoufou Mahamadou passe comme collaborateur des putschistes voire leur autorité morale alors son ami de 35 ans a été victime du coup par le général Tiani ?
Laoual Sayabou : Il passe pour tel uniquement dans le narratif artificiel construit par ses adversaires politiques. Le président Issoufou a choisi la posture de la réserve institutionnelle et de la sagesse. Face aux tensions, jeter de l’huile sur le feu par des déclarations impulsives serait irresponsable et mettrait le pays en péril. Ce silence d’homme d’État est interprété à tort, ou de manière délibérément malveillante, comme de la complicité. Il préfère encaisser les calomnies de quelques agitateurs plutôt que de compromettre la paix sociale du Niger.
Journaliste : Ali Sékou Maïna affirme avoir été témoin ou proche de certains événements. Quelle valeur accordez-vous à son témoignage personnel ?
Laoual Sayabou : Je n’y accorde aucune valeur, car son propre récit démontre sa faillite éthique. M. Maïna se pose aujourd’hui en grand défenseur de la démocratie et fustige la “cleptocratie” du régime précédent. Pourtant, il a admis sans aucune gêne avoir gardé le silence sur ces supposées dérives financières, choisissant de se taire par “discipline” pour ne pas “éclater le parti”. On ne peut pas s’arroger le magistère moral du lanceur d’alerte tout en avouant avoir couvert délibérément ce que l’on prétend dénoncer aujourd’hui. Ce positionnement relève de l’opportunisme et de la frustration politique, pas de la vérité historique.
Journaliste : Peut-on, selon vous, expliquer les événements du 26 juillet 2023 sans faire intervenir Mahamadou Issoufou ?
Laoual Sayabou : Absolument. M. Maïna le reconnaît d’ailleurs lui-même à demi-mot : le Niger et la région traversaient des dynamiques lourdes, influencées par les événements au Burkina Faso et au Mali, ainsi que par des récupérations politiques internes comme celles des mouvements “laboussanistes”. Réduire une crise politico-sécuritaire structurelle, qui implique des dynamiques de pouvoir endogènes à l’armée, à la manipulation exclusive d’un président retraité est une analyse paresseuse et conspirationniste.
Journaliste : Le général Abdourahamane Tiani était alors à la tête de la Garde présidentielle. Quelle lecture faites-vous de son rôle dans les événements, indépendamment des accusations visant Issoufou ?
Laoual Sayabou : En tant que chef de la Garde présidentielle, il contrôlait un maillon sécuritaire névralgique. Comme pour toute institution militaire traversant une crise de confiance avec le pouvoir civil, il y a eu des dynamiques de préservation, des mécontentements et des rapports de force internes. Croire que des officiers supérieurs de ce niveau agissent comme de simples marionnettes sans agenda propre est méprisant pour notre armée et démontre une méconnaissance totale du fonctionnement des appareils sécuritaires en temps de crise.














