
La ville de Diffa se trouve à l’extrême Sud-Est du Niger, à plus de 1300 kilomètres de Niamey. La région se caractérise par une mosaïque des communautés ethno linguistiques et socio-professionnelles reparties entre agriculteurs, éleveurs, pêcheurs et commerçants.
La partie nord du département de Diffa constitue le poumon économique de la région. Cependant, l’accès aux terres et la gestion provoquent des conflits récurrents, engendrant chaque année, des morts et des blessés. Ces quatre (4) dernières années, la situation a atteint son paroxysme avec l’éclatement de plusieurs conflits dans cette partie septentrionale du département de Diffa.
Ces conflits fonciers opposent d’un côté agriculteurs et éleveurs ou agriculteurs-agriculteurs, de l’autre, chefs traditionnels, propriétaires terriens et acheteurs venus le plus souvent des pays voisins. Face à ces antagonismes, les autorités régionales multiplient les stratégies parmi lesquelles, le dialogue et la médiation pour raffermir la paix et la cohésion sociale dans une zone déjà fragilisée par des attaques des groupes armés non étatiques-GANE.
En cette veille d’nstallation de la saison des pluies, période propice à l’éclatement des conflits liés à l’accès aux ressources partagées (terres cultivables, couloirs de passage, points d’eaux), les populations des communes de Diffa, Chétimari et Gueskérou ont opté pour la cohabitation au détriment de la confrontation.
Les communautés s’engagent à prévenir le conflit foncier
Lundi 18 mai 2025, sous un soleil de plomb avec une température ambiante dépassant les 42 degrés Celsius, autorités administratives, chefs de cantons, de villages, représentants des agriculteurs, d’éleveurs, services techniques, représentants des organisations paysannes et d’importantes personnes ressources s’engagent dans ce qui est convenu d’appeler les accords mettant fin aux conflits fonciers. A l’issue d’un processus qui a duré cinq (5) mois, chacun des représentants des parties prenantes à apposer sa signature sous le regard bienveillant du premier responsable de la région et de l’initiateur du dialogue et médiateur en chef, le Centre pour le Dialogue Humanitaire-HD.

Les représentants des acteurs ruraux ont scellé désormais le pacte voire le contrat social qui mettra fin aux quatre (4) longues années de conflits intercommunautaires liés à l’accès et à la gestion des terres dans les trois (3) communes du département de Diffa. (Diffa, Chétimari et Gueskérou).
« Ici nous sommes en face de cinq (5) engagements, chefs de villages, éleveurs et cultivateurs ont tous adhéré, ce qui est le plus important, c’est cette adhésion de toutes les parties prenantes car si elles arrivent à avoir le courage de respecter ces engagements, la paix régnera » a indiqué Boulou Mamadou, signataire des engagements. A travers sa signature, ce chef traditionnel s’engage désormais à œuvrer pour la consolidation de la paix et la cohésion sociale dans sa communauté. Seydou Issoufou dit Ida, représente les agriculteurs, pour ce dernier, la signature de ces engagements évitera le conflit entre les agriculteurs et les éleveurs et mettra fin aux différends qui opposent les populations locales aux grands producteurs étrangers qui viennent de l’extérieur payer des terres pour produire du sésame. Sans ces engagements, le risque de conflit est très élevé explique-t-il. Il a d’ailleurs demandé à chacune des parties de respecter les engagements pris car du respect de ces derniers dépendra la quiétude sociale dans les localités concernées. Idem pour Barouma Lawal, éleveur, ce résident de Sayam, un village de la commune rurale de Chétimari. « Je viens d’apposer ma signature sur les engagements pour mettre fin aux conflits récurrents entre agriculteurs et éleveurs dans la région de Diffa. J’ai signé au nom des éleveurs, nous les éleveurs nous sommes toujours en déplacement en fonction de la disponibilité du pâturage, donc nous sommes exposés pendant nos déplacements et nous avons compris l’importance de signer ces engagements…».
La signature d’engagements est le résultat d’un travail de dialogues et de médiation mené par le centre pour le Dialogue Humanitaire (HD) sur demande du gouverneur de la région de Diffa, le général de Division Mahamadou Ibrahim Bagadoma. « Aujourd’hui, c’est assurément une grande satisfaction et une victoire pour nous tous que nous nous retrouvions ici pour cette même cause pour célébrer l’aboutissement et la réussite d’un processus de médiation enclenché à notre demande par le Centre pour un Dialogue Humanitaire, afin de trouver de solution durable à ce conflit foncier qui n’a que trop duré », s’est réjouie le 1er responsable de la région de Diffa. Selon le général Bagadoma, le conflit foncier aggravé par l’insécurité et les effets du changement climatique fragilise les communautés et cela depuis quatre (4) ans. Il a salué les engagements qui viennent d’être signés car ils engageront l’avenir des signataires et celui de leurs enfants, bref, ce sont des décisions proposées et acceptées par les signataires pour gérer pacifiquement les ressources, prévenir le conflit et renforcer la cohésion sociale indispensable aux progrès économique et social du Niger « Je voudrai vous rappeler que la signature de ces engagements est un acte pour l’avenir de nos enfants. Refuser de libérer un puits, un champ ou un couloir de passage ne deviennent pas seulement des sources des conflits meurtriers, ça signifie choisir la confrontation à la cohabitation, la non soumission à la règle de droit… », dixit le général de division Mahamadou Ibrahim Bagadoma.

HD, le ‘’porte étendard’’ de la prévention des conflits à Diffa
Parler de dialogue réussi en matière de prévention des conflits renvoie directement au Centre pour le Dialogue Humanitaire (HD). Dans la région de Diffa HD s’est beaucoup investi dans la prévention et la résolution des conflits à allure communautaire et des conflits d’accès et de gestion des ressources naturelles partagées. Présent à Diffa depuis 2018, l’organisation participe aux efforts déployés dans le cadre de la stratégie de sortie de crise de la région en facilitant des cadres de dialogue multi acteurs pour le raffermissement de la paix et de cohésion sociale. « Pendant ces cinq (5) mois, les différents acteurs ont discuté sur les causes profondes, les manifestations et les conséquences du conflit. Ils ont exploré des solutions, identifié et validé des engagements qui permettront de prévenir et de gérer les conflits d’accès et de gestion de terres dans le département de Diffa…, » a mentionné Massaoudou Zoungoua, chef bureau HD Niger.
Pour pérenniser la cohésion sociale et le vivre ensemble dans cette partie du Niger, un comité de suivi des engagements a été mis en place de manière consensuelle.

Au Niger, le foncier est et reste une question sensible avec un enjeu existentiel puisque les communes vivent de la terre ou des ressources. C’est dire que la problématique foncier influe sur bien des pans de la vie rurale particulièrement sa quiétude et son développement.
La réconciliation nationale constitue un autre pan pour renforcer la paix et la cohésion sociale. A ce niveau également, les communautés Boudouma et peuhles ont fumé le calumet de la paix le 8 juillet 2025 à Kablewa mettant ainsi fin, à plusieurs années de conflits entre elles. Là aussi, après cinq (5) mois de dialogue entre les protagonistes, la fin d’un long différend lié aux tensions autour de l’accès aux ressources naturelles, vol du bétail et des accusations de collision avec les groupes armés, HD a amené les différents protagonistes à s’assoir autour d’une même table où ils ont passé l’éponge sur leurs différends. Ce jour-là, le chef bureau HD Niger Massaoudou Zoungoua a précisé que « cette médiation s’est appuyée sur un dialogue inclusif et connu entre les différentes parties prenante, impliquant les autorités administratives, les Forces de Défense et de Sécurité, la diaspora et les personnes ressources. » Il a ajouté : « la réussite de ce processus illustre l’importance du dialogue communautaire dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix, surtout dans un contexte sécuritaire encore fragile comme celui de Diffa ».
Le centre pour le Dialogue Humanitaire (HD) a pour vocation d’accompagner les comités de suivi des accords ou des engagements jusqu’à deux (2) ans ou trois (3) ans.
Abdou Saidou Zeinabou,
Envoyé spécial













