
Au Niger, parler de la planification familiale vue par les religieux renvoie directement au Cadre Religieux pour la Santé et le Développement (CRSD), une structure constituée des leaders musulmans et chrétiens dont le travail a permis de briser, aujourd’hui, le tabou entourant la question de la contraception et de la planification familiale. Le travail que mène le CRSD à travers le pays contribue aujourd’hui à un changement de comportement en donnant une autre perception de la contraception et de la planification familiale, longtemps considérées comme contraires à la religion. D’un sujet longtemps controversé, la contraception est aujourd’hui de plus en plus acceptée par de nombreux couples, grâce aux prêches et aux séances de sensibilisation.
Le CRSD, à travers ses structures qui vont du niveau central aux niveaux régional, départemental, communal et villageois, sensibilise et éveille les consciences en s’appuyant sur des versets coraniques et des passages de la Bible sur les bienfaits de la planification familiale, telle que recommandée par les deux religions.
Création et activités menées par le CRSD
Créé en 2023, le CRSD Niger, dans une démarche visant à encourager le dialogue et la coopération entre les communautés religieuses du pays, a pour objectifs de contribuer au développement par la sensibilisation des populations sur la planification familiale et sa conformité avec les textes religieux, ainsi que par l’amélioration de la santé maternelle et infantile et par la protection et le soutien des personnes vulnérables.
Entre 2023 et 2025, le CRSD Niger a mené plusieurs activités. Il s’agit, entre autres, de l’organisation d’un atelier de formation au profit de 80 femmes musulmanes et chrétiennes issues de 5 arrondissements communaux de Niamey, sur la procréation responsable, dont 10 femmes leaders, 40 enseignantes de la formation professionnelle, 20 infirmières et 10 animatrices.
Il a également organisé des émissions radiophoniques en français, en haoussa et en zarma au profit des populations des régions de Dosso et de Tillabéri. Des leaders religieux chrétiens et musulmans ont aussi bénéficié de séances de sensibilisation sur la planification familiale et la procréation responsable. À cela s’ajoutent des activités de renforcement des capacités des points focaux, des animatrices et des agents de santé, afin qu’ils apportent leur concours au renforcement de la planification familiale au Niger. Il a aussi à son actif l’organisation de séances de sensibilisation de masse à travers des théâtres participatifs organisés avec des centres de santé intégrés, ainsi que l’organisation d’ateliers de partage de connaissances et d’expériences sur la santé familiale, en faveur des leaders religieux, des chefs traditionnels et des femmes leaders.

En somme, le Cadre Religieux pour la Santé et le Développement forme des acteurs du changement sur la Santé de la Reproduction, la Santé de la Mère, de l’Enfant, de l’Adolescent, du Jeune et de la Planification Familiale. « Nous n’avons rien inventé, tout ce que nous disons, le travail que nous faisons, est basé sur des arguments bien clairs : des versets coraniques, des hadiths, des prescriptions de la Bible. Il y a des citations publiques, des citations coraniques », a déclaré le cheikh Barham Aboubacar Hassoumi.
Sans distinction de religion, les avis commencent aujourd’hui à devenir unanimes au Niger sur la question de la parenté responsable, conformément aux saintes écritures.
« Les parents sont en droit d’assurer une éducation et une santé à leurs enfants », a laissé entendre le leader religieux.
Qui anime le CRSD ?
Depuis sa création, le cadre a à sa tête le cheikh Barham Aboubacar Hassoumi. Cet érudit en islam, issu de la lignée religieuse du cheikh Hassimi de Kiota, entend, à travers cette structure, apporter un changement de mentalité en matière de planification familiale, en corrigeant la lecture biaisée que font certains musulmans des versets religieux sur la vision de l’islam concernant l’espacement des naissances.
Dans ce combat, il est accompagné de la communauté chrétienne du Niger dont l’un des membres, le révérend Barazé Djergou, de l’Église catholique du Niger. L’institution religieuse chrétienne a la même lecture de la planification familiale. L’espacement des naissances est loin d’être condamné par la Bible ou le Coran, indiquent ces deux premiers responsables du Cadre Religieux pour la Santé et le Développement (CRSD).

Le Cadre reste donc animé essentiellement par des musulmans, disciples et adeptes de la confrérie Tidjania de Kiota, ainsi que par ceux du khalife de la Zaouiya du 2e arrondissement de Niamey, de l’évêque des Églises évangéliques, avec le soutien de l’archevêque des catholiques et du président de l’Association islamique du Niger. C’est ce gotha religieux qui s’unit pour promouvoir la planification familiale, en démontrant, textes religieux à l’appui, l’utilité de l’espacement des naissances pour une procréation responsable.
Interrogé sur les motivations ayant conduit à la création du CRSD, le président dudit cadre répond : « Les différents rapports et études réalisés sur la population et la procréation au Niger font état d’une situation plus qu’alarmante, du fait de la multiplication des naissances dans les foyers nigériens, où pratiquement chaque femme nigérienne se retrouve avec une moyenne de sept, voire huit enfants », a laissé entendre le cheikh Barham Aboubacar Hassoumi.
Pour les populations, l’implication des religieux dans la sensibilisation sur la planification familiale reste une bonne chose car pour beaucoup des croyants, dont la connaissance est limitée, la religion a longtemps servi de prétexte pour refuser les discours sur l’espacement des naissances. Elles se réjouissent de l’avènement du CRSD et surtout de la contribution qu’il apporte dans le changement de comportement en faveur de la procréation responsable.
Au niveau du Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique, le travail que mène le CRSD est salué à sa juste valeur: ” la nécessité d’une mobilisation pour une natalité responsable notamment pour préserver la santé de mère et de l’Enfant par les moyens de la planification familiale responsable, est à encourager. La maitrise de la natalité permettra également au Niger de capturer le dividende démographique a indiqué le Directeur Général de la Santé et de l’Hygiène Publique Adamou Amadou.
Zeinabou Abdou Saïdou














