Selon l’étude EDSN-MICS 2012, le Niger a un taux d’accroissement naturel de la population de 3,9% par an. Ce qui en fait l’un des taux les plus élevés au monde. La femme nigérienne donne en moyenne six (6) voire sept (7) enfants et la population du pays double tous les 18 ans.
Selon l’enquête nationale sur la Fécondité, la Mortalité et les rapports, la prévalence contraceptive moderne stagne autour de 10% à 11% chez les femmes en union âgées de 15 à 49 ans. Mais l’enquête Performance Monitoring Accelerator (PMA) 2021 sur l’Avortement précise que le taux de contraception a atteint 14% au Niger.
Face aux multiples défis de la démographie et les problèmes quotidiens auxquels des familles sont confrontées tels que la santé de la mère et des enfants combinés à l’éducation de ces derniers, agents de santé, leaders religieux et traditionnalistes brisent le tabou sur l’espacement des naissances et plaident en faveur d’une procréation responsable.
Autrefois, sujet extrêmement délicat à débattre en public, la planification familiale est aujourd’hui abordée par toutes les couches sociales. Ce changement de mentalité et de comportement est à mettre à l’actif de certains acteurs engagés, parmi lesquels, figurent agents de santé, religieux et conservateurs de la tradition.
« Les années passées pour espacer les naissances, nous faisions recours aux marabouts traditionnels qui nous donnaient des amulettes. Ils donnaient de très bonnes amulettes qui vont te permettre de faire une pause de 2 ans et demi voire 4 ans sans accoucher…, » tel est le témoignage de Mme Ngoubdo Bintou. La soixantaine révolue, elle se rappelle du rôle joué par les marabouts traditionnels dans l’espacement des naissances.
Ces amulettes attachées le plus souvent à la hanche ou au tour du bras sont gardées jalousement et la planification se passait comme souhaitée par le couple, se rappelle Mme Bintou.
L’autre méthode traditionnelle, concerne la prise du fruit d’un arbre appelé Guiguiya en Haoussa. «…Quand une femme prend un seul de ses grains, elle peut faire un an sans tomber enceinte », dixit Bintoumi, un chef de famille.
Aujourd’hui, les partisans de cette méthode traditionnelle se tournent vers la contraception. Les acteurs orientent leurs clientes vers les centres de santé où elles seront édifiées sur les avantages de la prise des contraceptifs.

Avec l’avènement de la médecine moderne, les leaders religieux, musulmans comme chrétiens ont décidé de rentrer dans la danse en encourageant les couples à la planification familiale dans les villes comme dans les villages.
Les lignes bougent grâce à la disponibilité et la prise des contraceptifs
Avec la médecine moderne et le travail de sensibilisation que mènent les agents de santé accompagnés par les ulémas et évêques, la prise de conscience pour une procréation responsable évolue année après année dans les foyers nigériens. Époux et épouses savent désormais les avantages de la contraception et optent pour la pratique.
« Je prends des contraceptifs au niveau des centres de santé. A ce niveau, les agents nous demandent de concerter nos époux, s’ils acceptent, nous prenons pour nous reposer », a précisé une jeune maman.
Aujourd’hui, compte tenu de plusieurs variétés des contraceptifs, plusieurs choix s’offrent aux femmes tant sur le genre du contraceptif à prendre que sur la durée de la contraception. Les couples sont persuadés que la planification familiale permet à la femme de se reposer entre deux (2) grossesses, de donner à chaque enfant la santé et le temps nécessaire de bien grandir. « En tant que mère, j’ai espacé mes naissances pour pouvoir m’occuper correctement de chacun de mes enfants. J’ai utilisé les méthodes naturelles dans un premier temps avant de recevoir des conseils au centre de santé. Par le passé, on connaissait surtout les méthodes traditionnelles, c’est-à-dire, l’allaitement prolongé, le calcul des cycles et l’abstinence. Et petit à petit, les méthodes modernes sont arrivées. Il y ’avait par exemple la pilule, les préservatifs, les injections, le stérilet… Mais à cette époque, on a parlé peu, c’était un sujet tabou mais aujourd’hui, les langues se délient en ce qui concerne la planification familiale », a laissé entendre, Mme Falmata Ousmane.

Constatant qu’une maman qui espace les naissances est en meilleure santé avec des enfants bien nourris, scolarisés et une famille moins fatiguée financièrement, les époux, jadis, les plus réfracteurs surtout en milieu rural, ont désormais une autre lecture de la planification familiale. Ils sont devenus dans certains foyers des guides qui encouragent leurs épouses à prendre des contraceptifs. Mieux, eux aussi, pratiquent à leur tour la contraception.
« Par rapport au choix de la méthode, moi et madame, on a préféré utilisé la pilule contraceptive notamment genre JUNIA, SUTURA. Elle prend les comprimés, il n y a aucun problème et elle ne le sent même pas. Par rapport à la contraception masculine, moi, c’est les capotes que je connais, les condoms que les hommes portent mais moi je ne jamais porté ça, j’utilise plus la méthode de retrait bien qu’elle est à 99% risquée par rapport à d’autres méthodes contraceptives parce que cette méthode ne permet pas à tout le monde de se contrôler. J’utilise aussi le calendrier sur la période risquée pendant l’ovulation », a précisé M. Bintoumi. Monsieur et madame Bintoumi mettent trois à quatre (4) ans entre chaque naissance.
Les religions, armes puissantes dans la promotion de la planification familiale
Dans un pays constitué de presque 100% des croyants répartis dans les deux (2) principales religions abrahamiques pratiquées au Niger (Islam et Christianisme), les responsables religieux jouent un rôle important en matière de changement de mentalité et de comportement.
Dans les récits bibliques et surtout dans les versets coraniques, « La religion dit entre deux naissances, il faut au moins observer 30 mois ». Des passages très importants mais le plus souvent cachés aux fidèles musulmans. Il leur est seulement vulgarisé les propos du prophète de l’Islam qui disent : « Procréer et donner naissance à beaucoup d’enfants et j’en serai fier de ma communauté », un verset que Cheick Barham Aboubacar Hassoumi, président du Cadre Religieux pour la Santé et le Développement (CSRD-Niger), estime qu’il a fait l’objet d’une interprétation erronée. Cette structure constituée des imams et Prêtes des Églises Catholiques, des Pasteurs des Églises Évangéliques travaille en parfaite collaboration avec le Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique pour promouvoir une natalité responsable en sensibilisant les populations à pratiquer la contraception.

Pour le CRSD-Niger, la question de la planification familiale est d’une importance capitale à partir du moment où une femme au Niger peut se retrouver avec une moyenne de sept (7) voire huit (8) enfants. « La planification des naissances est loin d’être interdite par les religions », ont martelé Cheick Barham Aboubacar Hassoumi et le révérend Barazé Djergou, respectivement président et trésorier général du CRSD-Niger.
La prise de conscience chez la jeune génération
Entre le désir de devenir mère et la crainte des risques liés aux maternités rapprochées, les jeunes filles commencent déjà à réfléchir sur la planification des naissances. ” Je vais être très honnête avec mon futur mari; je veux des enfants, Incha Allah mais je ne veux surtout pas enchainer les accouchements comme si mon corps était fait pour ça à l’infini. Pour moi avoir un enfant doit être une décision prise à deux. On doit savoir quand on est prêts, combien d’enfants on souhaite et surtout laisser à mon corps le temps de récupérer entre deux grossesses“, a indiqué mademoiselle Zeinab.
Pour la jeune génération, on parle beaucoup du bonheur d’avoir un bébé, mais beaucoup moins de ce que la femme traverse physiquement. Des jeunes filles non encore mariée et n’ayant pas encore accouchées énumèrent quelques unes de leurs craintes. Il s’agit entre autres, d’une grossesse qui change énormément le corps, le ventre, les muscles et le périnée sont sollicités, le corps prend du poids… les hormones changent et l’accouchement lui-même peut entrainer des déchirures, une épisiotomie, des douleurs, des problèmes urinaires ou une fragilisation du périnée. Certaines femmes récupèrent très bien, d’autres gardent des séquelles pendant longtemps.
Certaines jeunes filles restent d’ailleurs catégoriques: ” Si nous ne sommes pas capables de planifier correctement nos naissances, de respecter mon corps et de me laisser suffisamment de temps entre les grossesses... ,moi, je préfère ne pas accoucher du tout“, a laissé entendre mademoiselle Zeinab.

Des progrès, mais aussi des goulots d’étranglement
Malgré la prise de conscience sur l’importance de la planification familiale, des obstacles surgissent affirment les responsables des structures engagées dans la promotion de la natalité responsable. Il y a d’abord la culture au Niger qui considère qu’avoir beaucoup d’enfants reste une richesse ainsi que la pression du mari et de la belle famille, qui veulent s’assurer de la virilité du couple. A cela, s’ajoutent les fausses informations rapportées sur les contraceptions qui selon les réfractaires de la planification familiale rendent stériles et provoquent des maladies. Ce qui du coup fait peur aux femmes et les rendent réticentes à aller vers les centres de santé.
Sauf que toutes ces rumeurs et autres affirmations gratuites n’arrivent pas à décourager les partisans de la natalité responsable qui réitèrent leur détermination à poursuivre le combat. « Avant on chuchotait, aujourd’hui on en parle à l’hôpital, dans les centres de santé, à la radio à travers des sensibilisations. Avant il n’y avait pas assez de choix mais aujourd’hui, il y a de la pilule, l’implant de trois (3) ans… Avant les couples n’avaient aucune idée des avantages, les couples passaient le temps seulement à faire des enfants. Nous allons poursuivre à éveiller les consciences sur les avantages de la planification familiale, car le faire, c’est protéger la vie de la mère et donner la chance à chaque enfant de bien grandir et atteindre son plein épanouissement », martèle M. Moussa Barké, Directeur Régional Adjoint de la Santé et de l’Hygiène Publique de Niamey.

Si on lève les barrières et qu’on se parle mari et femme, on construira des familles plus fortes et plus unies, ajoute Cheick Barham Aboubacar Hassimi, président du Cadre Religieux pour la Santé et le Développement (CRSD-Niger).
En plus du quotidien vécu par des familles avec des naissances non espacées, la crise sécuritaire a laissé apparaitre sur les sites des réfugiés et des déplacés internes, des situations qui interpellent. Le manque d’espacement de naissance empêche aux parents de bien éduquer leurs enfants et les grossesses rapprochées rendent les enfants vulnérables à plusieurs maladies et les parents n’arrivent plus à assurer leur éducation comme il le faut.
Kabirou Cheffou Zara














