Par Adekeye Adebajo
PRETORIA—Alors que les dirigeants mondiaux se réunissent à New York à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies, le monde est confronté au plus grand nombre de conflits armés depuis 1946, avec 65 conflits en cours dans 35 pays. Les combats ont fait plus de morts depuis 2021 qu’au cours des deux décennies précédentes. Cette situation met les opérations de maintien de la paix de l’ONU sous pression, tandis qu’une nouvelle ère de la guerre, marquée par les drones, les systèmes d’armes autonomes et les outils cybernétiques fondés sur l’intelligence artificielle, a encore compliqué la tâche consistant à protéger les civils vulnérables et à faire progresser les solutions politiques.
L’administration du président américain Donald Trump n’a pas arrangé les choses. Les États-Unis ont certes versé ce mois-ci 827 millions de dollars de contributions obligatoires à l’ONU (725 millions au budget ordinaire et 102 millions au budget des opérations de maintien de la paix), mais ils doivent encore environ 4,2 milliards de dollars, dont 2,9 milliards au titre du maintien de la paix. La crise de liquidités qui en résulte a contraint le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à réduire le budget des opérations de maintien de la paix d’environ 15 % et à retirer un quart des casques bleus du terrain. En juin, 44 208 casques bleus de l’ONU étaient déployés dans le monde, contre 60 081 en juin 2024.
Au sein du Conseil de sécurité, les États-Unis ont en outre plaidé, quoique de manière sélective, pour la fermeture de missions de maintien de la paix dans le monde entier, par souci d’économies. C’est ainsi que la mission de l’ONU au Yémen a pris fin en mars, tandis que le désengagement de la mission au Liban débutera en décembre. En novembre, le Conseil de sécurité devra décider s’il convient de prolonger la mission en République centrafricaine ; les États-Unis ont exprimé des réserves à ce sujet.
L’administration Trump s’est en revanche empressée de promouvoir des opérations servant ses intérêts, telles que la Force de répression des gangs en Haïti (qui n’est assurément pas une mission de maintien de la paix, mais bénéficie d’une autorisation de l’ONU) et la Force internationale de stabilisation à Gaza. Les États-Unis ont également apporté leur soutien à la mission que l’ONU maintient depuis 27 ans en République démocratique du Congo, dans la mesure où ils cherchent à conclure avec la RDC un accord sur les minerais stratégiques.
La grande majorité des casques bleus de l’ONU étant déployés en Afrique (en RDC, au Soudan du Sud, en RCA, à Abyei et au Sahara occidental), c’est ce continent qui subira de plein fouet ces coupes budgétaires. La sécurité y incombera de plus en plus à des forces régionales de maintien de la paix mal équipées et disposant de peu de ressources. Comme le soutient un rapport publié en juillet par Guterres, les casques bleus de l’ONU « ne sont pas équipés pour mener à bien des missions soutenues de maintien de la paix ». Dans ce cas, il semble peu probable que les organisations régionales, qualifiées dans ce même rapport de « fragmentées » et « dysfonctionnelles », soient capables d’assumer des responsabilités de maintien de la paix dans des théâtres de conflits complexes. L’accent mis sur une « approche en réseau » et sur des modèles de maintien de la paix « agiles et adaptables » suggère davantage un allègement de la charge qu’un partage de celle-ci.
Plus révélateur peut-être, le rapport de Guterres n’aborde que brièvement les partenariats de l’ONU avec les organisations régionales africaines, ce qui témoigne d’un manque de soutien politique à une question aussi cruciale. Il salue la résolution de décembre 2023 visant à financer au cas par cas, au moyen des contributions statutaires de l’ONU, les opérations de paix menées par l’Union africaine. Le fait que l’administration Trump contraigne aujourd’hui l’ONU à réduire progressivement son soutien à la mission de longue date de l’UA en Somalie montre pourtant que cette résolution est devenue lettre morte.
Le problème sous-jacent réside dans la composition du Conseil de sécurité. Guterres appelle à juste titre à « un Conseil plus représentatif ». Cela nécessitera de remédier à « l’injustice historique faite à l’Afrique », continent qui ne dispose toujours d’aucune représentation permanente (et donc d’aucun droit de veto) au sein du Conseil, bien qu’il représente 28 % des membres de l’ONU. Les États-Unis, la Chine et la Russie pourraient toutefois bloquer les efforts visant à élargir le Conseil si cela devait permettre à un rival géopolitique d’y entrer.
En conséquence, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, qui disposent du droit de veto, se divisent souvent selon des lignes de fracture géopolitiques, la Russie et la Chine affrontant le bloc occidental formé des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni. Une telle paralysie exclut pratiquement toute mise en œuvre de la recommandation de Guterres visant à lier les opérations de paix à une stratégie politique viable, qui s’attaque aux griefs et aux causes profondes des conflits. Aussi nécessaire soit-elle, cette stratégie exigerait d’énormes dépenses financières et militaires ainsi qu’un niveau de coopération entre les grandes puissances qui n’existe pas. En 2025, le Conseil de sécurité a adopté 44 résolutions, soit le total le plus bas depuis 1991, et il n’en a adopté que 17 depuis le début de l’année.
Faute d’autres options, Guterres se réfugie dans l’illusion selon laquelle se concentrer sur la prévention des conflits et le rétablissement de la paix serait le moyen le plus économique d’assurer la stabilité mondiale. Nombre de chefs de guerre dans le monde ne sont pourtant pas disposés à négocier, et les efforts de médiation n’ont permis de régler ni la guerre en Ukraine ni les conflits au Moyen-Orient et en Afrique. D’autres propositions figurant dans son rapport – la mise en place d’un partenariat mondial pour le maintien de la paix, la définition de mandats plus ciblés et plus souples, le respect d’une stricte impartialité et l’élaboration de stratégies de sortie – reflètent elles aussi davantage des idéaux que la réalité des conflits en cours.
L’idée des stratégies de sortie, en particulier, semble destinée à ménager les États-Unis, bien qu’elle soit très peu réaliste. Une paix durable doit tenir compte des réalités militaires sur le terrain et ne peut être liée à des échéances arbitraires fixées par commodité politique. Guterres a également proposé des réformes bureaucratiques irréalistes, telles qu’une utilisation plus efficace des bureaux régionaux de l’ONU et des agences onusiennes sous-financées et divisées, et il a ressassé une idée vieille de plusieurs décennies, née du génocide rwandais de 1994, en exhortant le personnel du Secrétariat de l’ONU à New York à rendre compte de manière indépendante au Conseil de sécurité.
Alors que l’administration Trump ne cesse de s’en prendre aux opérations de maintien de la paix à l’échelle mondiale, ces propositions montrent à quel point l’ONU se trouve prise entre le marteau et l’enclume. Cela n’augure rien de bon pour l’accomplissement de la mission première de l’organisation, qui est de « préserver les générations futures du fléau de la guerre ».
Adekeye Adebajo, professeur et chercheur senior au Centre for the Advancement of Scholarship de l’université de Pretoria, est l’éditeur de l’ouvrage The Black Atlantic’s Triple Burden: Slavery, Colonialism, and Reparations (Manchester University Press, 2025).
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