
À Niamey, la langue Haoussa est au centre d’une célébration qui dépasse la simple commémoration. Pour sa 11ème édition, la Journée mondiale de la langue Haoussa s’intéresse à la transmission du patrimoine, notamment à travers la chanson traditionnelle. Un choix qui renvoie à une question essentielle : comment faire vivre une langue au-delà de ceux qui la parlent aujourd’hui ?
Pendant trois jours, Niamey devient l’un des points de rencontre de la langue Haoussa. La 11eme édition de sa Journée mondiale, ouverte le 8 septembre 2026, réunit autorités, universitaires, chercheurs, acteurs culturels, journalistes, artistes, chefs traditionnels et religieux autour d’un même patrimoine linguistique.
La célébration intervient quelques jours après la date habituellement retenue : le 26 août. Depuis 2015, cette journée est consacrée chaque année à la promotion de la langue et de la culture Haoussa. Au Niger, l’initiative a progressivement pris de l’ampleur, avec des conférences, des activités culturelles et des réflexions consacrées à la place de la langue dans la société.
Mais derrière cette journée, il y a une histoire plus ancienne que celle de la célébration elle-même.
Une langue qui a traversé les frontières
Le Haoussa s’est imposé au fil du temps comme une importante langue de communication dans une vaste partie de l’Afrique de l’Ouest. Principalement parlé au Niger et au Nigeria, il est également présent dans plusieurs pays voisins. Cette dimension transfrontalière explique en partie sa place dans les échanges commerciaux, culturels et sociaux de la région.
Au Niger, son poids est particulièrement visible. La langue est présente dans les foyers, les marchés, les médias, la musique, la littérature et les espaces religieux. Elle est également utilisée comme langue véhiculaire entre des populations aux langues maternelles différentes.
Cette capacité à circuler d’un territoire à l’autre constitue l’une des forces du Haoussa. Mais elle pose également une question : comment préserver une langue lorsqu’elle doit constamment s’adapter à de nouveaux usages et à de nouvelles générations ?
C’est précisément l’une des préoccupations qui accompagne aujourd’hui sa promotion.

De l’oralité aux réseaux sociaux
La Journée mondiale de la langue Haoussa est elle-même née d’une volonté de faire entrer la langue dans un nouvel espace : Internet.
Lancée au Nigeria en 2015, l’initiative avait notamment pour ambition de promouvoir l’usage du Haoussa sur les réseaux sociaux et de sensibiliser sur les défis auxquels la langue est confrontée dans l’univers numérique. Les premières mobilisations encourageaient les locuteurs à publier en Haoussa, à partager des proverbes et des éléments de culture et à créer des contenus dans leur langue.
Le choix est symbolique. Une langue qui s’est longtemps transmise par la parole, les récits, les proverbes et les chants doit désormais également exister sur les écrans.
Le Haoussa dispose d’ailleurs d’une tradition écrite ancienne. Il a notamment été écrit en ajami, une forme d’écriture utilisant l’alphabet arabe, avant que l’écriture en caractères latins ne prenne progressivement une place importante. Cette histoire montre que la langue a déjà connu plusieurs transformations de ses supports sans disparaître.
Aujourd’hui, le défi est différent : il ne s’agit plus seulement de savoir comment écrire le Haoussa, mais de savoir quelle place lui donner dans les nouveaux outils de communication, l’éducation et les technologies.
Quand la chanson devient une archive
Le thème retenu pour cette 11eme édition prend alors tout son sens : « Contribution de la chanson traditionnelle à la vulgarisation et à la promotion de la langue Haoussa ».
La chanson traditionnelle n’est pas uniquement un divertissement. Elle peut conserver des mots, des expressions, des récits et des valeurs qui se transmettent d’une génération à l’autre. Dans une société où l’oralité a longtemps constitué un moyen essentiel de conservation de la mémoire, le chant devient aussi une forme d’archive vivante.
En choisissant de placer cette expression artistique au cœur de la célébration, les organisateurs posent donc la question de la transmission.
Car le véritable enjeu n’est peut-être pas de savoir combien de personnes parlent Haoussa aujourd’hui. Il est de savoir si les générations futures continueront à l’utiliser, à l’écrire, à la chanter et à créer dans cette langue.
Une langue entre patrimoine et avenir
C’est dans cette perspective que les interventions prononcées lors de l’ouverture à Niamey ont insisté sur la dimension culturelle du Haoussa.
Le gouverneur de Niamey, le général de division Ousmane Abdou Harouna, a rappelé son rôle dans les médias, l’éducation, la sensibilisation et la promotion de la paix et de la cohésion sociale. Le ministre de la Refondation et de la Promotion des Valeurs sociales, Ali Ben Salah, a pour sa part présenté le Haoussa comme un vecteur de mémoire, d’histoire et de valeurs.
Pour Moutari Ousmane, président du comité d’organisation, cette journée doit justement dépasser le cadre d’une simple fête culturelle. Elle constitue, selon lui, un espace de « mémoire, de réflexion, de transmission et de projection vers l’avenir ».
Cette dernière dimension est peut-être la plus importante.
Car célébrer une langue ne suffit pas à la préserver. Il faut qu’elle continue à être parlée à la maison, enseignée, utilisée dans les médias, produite dans la littérature et la musique, mais aussi présente dans les nouveaux espaces numériques.
Les précédentes éditions organisées au Niger témoignent déjà de cette volonté d’élargir la réflexion. En 2024, la 9e édition avait notamment mis l’accent sur la promotion des valeurs socioculturelles à travers le Haoussa. En 2025, les activités avaient pris la forme d’une semaine consacrée à la langue, avec la participation annoncée d’acteurs venant de plusieurs pays et d’universités.
De 2015 à aujourd’hui, la Journée mondiale de la langue Haoussa a donc changé d’échelle. Ce qui était au départ une mobilisation autour de la présence de la langue sur Internet est devenu un rendez-vous où se rencontrent culture, médias, éducation, patrimoine et identité.

À Niamey, cette 11eme édition rappelle ainsi une évidence : une langue ne survit pas uniquement parce qu’elle compte des millions de locuteurs. Elle survit parce que ceux qui la parlent continuent de la transmettre, de la faire évoluer et de lui donner une place dans leur époque.
Et cette année, c’est peut-être la chanson traditionnelle qui est chargée de lui rappeler le chemin.
Zeinabou Abdou Saidou














